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Zillow : de l'art de savoir rebondir



Après avoir vu ses finances complètement plombées par sa propre intelligence artificielle, le géant de l'immobilier américain Zillow peut-il redresser la barre ?


Le nom de Zillow ne vous dira peut être rien si vous vivez en France : c'est tout à fait normal. Il suffit de comparer les pages Wikipédia de Zillow en français vs. en anglais pour mesurer son écart de notoriété considérable entre la France et les Etats-Unis.

Avec 36 millions de visiteurs uniques par mois, Zillow est tout simplement le site leader de la vente/location immobilière aux Etats-Unis.

Plein d'ambition, Zillow eut alors l'idée de se lancer dans le "iBuying" pour accélérer sa croissance.

Concrètement, le iBuying (pour "Instant Buying", soit achat instantané) consiste à ce que Zillow rachète directement le bien d'un vendeur, quel qu'il soit et au prix le plus juste, tout en lui épargnant les tracas liés à la vente d'un bien.

Un propriétaire américain peut ainsi recevoir une offre de la part de Zillow en moins de 24 heures.

Pour parvenir à cette prouesse, le groupe a développé une intelligence artificielle qui lui permettrait d'exploiter la quantité de données détenues sur le marché immobilier américain, pour estimer avec précision la juste valeur de chaque maison.

Une fois le bien racheté, il ne reste plus à Zillow qu'à le mettre en vente sur son site à un prix optimisé pour s'assurer à la fois une vente rapide, tout en maximisant les profits du groupe.



Sur le papier, tout semblait donc parfait :

  • Les vendeurs sont ravis de pouvoir se débarrasser de leur bien le plus vite possible,

  • Les acheteurs trouvent sur Zillow des prix censés refléter au mieux le marché,

  • Zillow réalise un profit substantiel, et alimente au passage la précision de son intelligence artificielle.

Et cela a fonctionné. Très bien fonctionné même...Jusqu'il y a quelques mois. Car malgré les nombreux bénéfices que l'IA peut apporter aux entreprises, il arrive parfois que celle-ci dérape. C'est tout particulièrement le cas lorsque survient un évènement inédit, sur lequel une IA n'a pas forcément pu être entraînée. Et c'est précisément ce qui s'est passé avec celle de Zillow pendant la pandémie. Car pour réaliser ses estimations, l'IA de Zillow se base principalement sur les historiques de ventes/achats enregistrés sur le site du groupe ; près de 110 millions de biens tout de même. Ce faisant, Zillow était capable d'estimer avec beaucoup de justesse la valeur des biens à racheter. Sauf que lorsque la pandémie est survenue, les prix ont brutalement chuté. Si soudainement que lorsque ceux-ci ont commencé à légèrement remonter, l'algorithme de Zillow n'a pas su comment refléter cette évolution dans ses estimations. Il a donc par défaut comparé les prix actuels à ceux de ses données historiques, forcément bien plus élevés. Résultat, l'intelligence artificielle de Zillow a commencé à voir des aubaines partout, là où il n'y en avait pas. Et a acheté à tour de bras, maison sur maison, en faisant des offres bien plus élevées qu'aux prix du marché.



Conséquence : au Q3 2021, Zillow a acheté 9,680 maisons, pour...seulement 3,032 vendues. Un énorme trou qui a complètement plombé les finances du groupe, pourtant en assez bonne santé jusque là. Le cours de Zillow a ainsi baissé de près de 50% depuis.


Zillow est-il à jeter pour autant ?


Après pareille catastrophe, il est vite arrivé de jeter Zillow aux oubliettes. Pourtant, l'avenir n'est peut être pas si sombre avec un peu de recul.


Au dernier trimestre, les pertes de son segment Home n'ont été "que" de 206m$ - bien loin des 330m$ à 365m$ de pertes initialement annoncés. Son PDG, Rich Barton, a évoqué un écoulement des stocks de maisons "plus rapide que prévu, à des prix plus élevés que prévus".


Malgré sa taille, Zillow est une entreprise encore assez jeune, à la marge de croissance encore considérable. Le groupe estime son marché adressable à environ 300mds$, et ce, rien que pour ses commissions liées aux transactions immobilières.


Après cette terrible crise, Zillow semble avoir tiré les leçons de ses erreurs, et ambitionne désormais le lancement d'une "super-app" permettant de simplifier chaque étape du processus de transaction immobilière (location, recherche de biens, achat, financements). On peut aisément imaginer qu'une telle application permettrait au groupe d'accroître encore d'avantage son marché.


Enfin, Zillow dispose d'une image de marque considérable aux Etats-Unis : 67% des acheteurs immobiliers américains déclarent utiliser son site. Les chances de voir le groupe être rayé de la carte semblent donc assez minces.


Zillow a perdu une sacrée bataille, mais n'a probablement pas perdu la guerre...

 

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Baptiste Martin