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Twitter/Musk : un marché vraiment conclu ?



Après des semaines de négociations, Twitter a finalement accepté la proposition de rachat du PDG de Tesla, Elon Musk. Mais derrière cette annonce fracassante se cache un parcours encore semé d'embûches...


Ces derniers jours, vous avez été plusieurs à nous poser cette question :


"Le cours de l'action Twitter est aujourd'hui nettement plus bas que ce qui a été proposé par Musk...Pourquoi donc ne pas acheter plein d'actions Twitter pour récupérer 54.2$ une fois le rachat officialisé ?"


Il faut dire qu'avec plus de 9% de décote au moment d'écrire ces lignes, l'affaire peut sembler juteuse.


Le problème, c'est que de nombreux médias parlent aujourd'hui du rachat de Twitter par Musk comme une affaire pesée et emballée. Comme si Musk allait dès demain pouvoir s'atteler à la transformation du réseau à l'oiseau bleu.


Si vous voulez notre opinion...Nous en sommes encore bien loin. Et cela, les marchés l'ont bien compris.


Le rachat de Twitter ne pourra être officialisé tant que le dernier des contrats n'aura pas été signé par l'ensemble des parties prenantes. Et elles sont nombreuses. Les possibilités d'un échec de l'accord sont donc encore élevées, et vous allez vite comprendre pourquoi.



Un parcours semé d'embûches


Techniquement parlant d'abord, Elon Musk ne sort pas 44mds$ cash de sa poche en échange de chaque action Twitter. Pour réaliser ce tour de force, Musk a créé une société, X Holdings I (qui n'est pas sans nous rappeler le nom de l'un de ses enfants, X Æ A-12) qui en détient elle-même une autre, X Holdings II. C'est X Holdings II qui devrait fusionner avec Twitter.


L'entité résultante restera filiale de X Holdings I, et gardera le nom et l'identité de Twitter. C'est seulement une fois ce stade atteint, que Twitter pourra quitter les marchés boursiers et sera exclusivement contrôlé par Musk. Alors, chaque action Twitter sera échangée contre 54.2$, versés en espèces.


Mais pour cela, encore faut-il que les actionnaires aient approuvé l'opération. Et cela n’a rien d'une formalité : les insiders ne possèdent que 12.4% de l’actionnariat du réseau social. Musk et le conseil d'administration doivent donc convaincre tout un parterre d'actionnaires institutionnels que ce rachat est une bonne chose pour leurs portefeuilles.


Enfin, la transaction devra être validée par le gouvernement fédéral américain, sans compter celui de l'État du Delaware, du Royaume-Uni, du Japon, et la Commission européenne (fiou !). Chacun de ces acteurs peut mettre un coup d'arrêt à la transaction à tout moment. On notera d’ailleurs qu’avec son Digital Services Act, l’Europe a déjà émis de sérieuses réserves quant aux ambitions de Musk de libérer le réseau social de tout contrôle.


Enfin, Twitter comme Musk peuvent changer d'avis à tout moment...Et il semble peu probable que le milliard de dollars devant être versé en cas d'annulation par l'une ou l'autre des deux parties les dissuade d'annuler la transaction, étant données les sommes considérables en jeu.


Comment les marchés ont-ils réagi ?


Forcément, l'offre de Musk a vite fait grimper l'action de Twitter. Mais pas autant qu’on pourrait l’imaginer. Le cours n'a jamais dépassé 52.3$ le jour même, et a désormais nettement reculé depuis. Les marchés ne sont pas dupes, et ont rapidement intégré l'éventualité d'un échec de cet accord.


Comme toujours en bourse, rien n'est gratuit : si ces 9% de gain semblent de l'argent facile de prime abord, ils dépendront du bon déroulement de toutes les étapes énumérées ci-dessus.


Or, investir dans une action dont l'évolution dépend exclusivement d'une procédure sur laquelle personne n'a vraiment d'emprise nous semble dangereux, et peut vite s'apparenter à du casino. D'autant plus alors à une période où les marchés florissent d'opportunités à des valorisations particulièrement attractives...

 

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Baptiste Martin

Baptiste est rédacteur chez bigfish investing. Spécialiste de la modélisation financière, Baptiste scrute chaque mois les comptes de centaines d'entreprises pour n'en garder que la crème de la crème.