Découvrez bigfish news, notre nouvelle newsletter pour décrypter l'actu sans jargon (c'est gratuit !)

Prendre sa retraite avant 50 ans : quelques précautions avant de vous lancer

Dernière mise à jour : 10 sept. 2021



Ces dernières années ont vu l'essor d'un nouveau mouvement : FIRE, Financial Independance & Retire Early. Les membres de ce mouvement n'ont qu'un objectif en tête : arrêter de travailler le plus tôt possible.


Pour cela, deux leviers sont déployés :

  • Maximiser le taux d'épargne, en réduisant les dépenses courantes et en maximisant les revenus,

  • Investir l'argent épargné le plus intelligemment possible.

Le nouveau retraité est alors censé pouvoir vivre de ses investissements à perpétuité. L'un des plus célèbres en France est Monsieur Money Mustache, un Canadien parti en retraite anticipée avec sa femme à seulement 30 ans.


Ainsi, le mouvement FIRE s'appuie principalement sur la règle des 4% (ou règle de Bengen) pour définir le montant de la rente autorisée. De nombreux adeptes du mouvement FIRE prennent ainsi leur retraite à 40, voire 30 ans en espérant pouvoir maintenir leur patrimoine à flots avec certitude en appliquant la règle de Bengen.


Nous pensons que cette stratégie présente des risques largement sous-estimés, susceptibles de coûter cher aux aspirants retraités.


Pourquoi ce n'est pas si simple


Pour se rendre compte du danger que peut représenter l'application de la règle des 4% sur un individu de 30 ou 40 ans, il faut reprendre les hypothèses qui ont permis de calculer le chiffre de 4%.


Bengen est parti d'une allocation de portefeuille répartie entre :

  • 50% d'actions, en l'occurrence un ETF du S&P500,

  • 50% d'obligations, en l'occurrence des bons du Trésor américain.

Pour réaliser ses simulations, Bengen a observé l'évolution d'un tel portefeuille sur des périodes de 30 ans glissantes entre 1926 et 1992.


Les résultats des analyses de Bengen sont admirables ; mais ils présentent deux gros biais. Dans cet article, nous explicitons ces biais et vous donnons les clés pour ajuster la règle des 4% en fonction de votre profil afin de minimiser vos risques.


Le biais géographique


Le premier est simple : l'analyse de Bergen se focalise exclusivement sur les marchés américains. Mais un taux de 4% est-il viable en France par exemple ?


Dans son ouvrage How much can I spend in retirement, Wade Pfau montre que la règle des 4% est loin d'être évidente si l'on investit hors des Etats-Unis. Seuls 4 marchés dans le monde auraient permis sur les hypothèses de Bengen de soutenir un taux de retraits d'environ 4% avec certitude : les Etats-Unis, le Canada, la Nouvelle-Zélande et le Danemark.


Selon Wade, la moyenne mondiale serait en réalité bien plus proche de 3.5% que de 4%. Il peut donc être judicieux d'investir principalement dans des pays aux marchés dynamiques comme les Etats-Unis, sinon de réduire ce taux à 3,5%.


Le biais temporel


Dans les années 90, quasi personne ne prenait sa retraite avant 50 ans. L'espérance de vie était moindre également. In fine, il était rare de vivre plus de 30 ans en retraite. Aussi Bengen, lorsqu'il a mis au point sa règle des 4%, n'avait pas prévu une durée supérieure à 30 ans.


Or, le taux d'échecs de la règle de Bengen augmente substantiellement dès lors que l'on passe la barre des 30 ans : environ 15% pour une durée de 40 ans, 25% pour une durée de 50 ans. Avez-vous vraiment envie de prendre le risque de vous retrouver ruiné à 70 ans, 40 ans après avoir arrêté de travailler ?



Heureusement, il existe des solutions pour rendre plus sûre votre rente malgré des périodes particulièrement longues.


Comment rendre la règle des 4% plus sûre


Dans leur publication A rule for all seasons: Vanguard’s dynamic approach to retirement spending, Vanguard analyse les différents leviers susceptibles de limiter au minimum le taux d'échecs de la règle des 4% sur une durée supérieure à 30 ans.


La proposition de Vanguard est la suivante : plus vous serez en mesure d'adapter vos retraits en fonction de l'évolution de votre portefeuille, plus vous limiterez votre risque de défaut. Ce principe va ainsi à l'encontre de la règle des 4% telle que définie par Bengen, pour laquelle le montant des retraits doit rester fixe au fil des années, ajusté uniquement par l'inflation.


On a donc un spectre avec aux deux extrêmes, deux modèles opposés :

  • Le modèle tel que défini par Bengen : un modèle de retraits fixes, calculés sur la base de la valeur initiale du portefeuille lors du départ en retraite. Pas de risque de devoir réduire votre rente donc, mais un risque non négligeable de vous retrouver ruiné après plusieurs décennies de retraite.

  • Un modèle de retraits indexé sur la valeur courante du portefeuille, par exemple 4% du portefeuille de l'année N-1. Cela nécessite une grande flexibilité (pouvoir réduire ses dépenses annuelles de 30, ou 40% si votre portefeuille perd 40% d'une année à l'autre n'est pas donné à tous !), mais sans risque de vous retrouver ruiné, même à long terme.

On en conviendra, aucun de ces deux extrêmes n'est très alléchant. La première option est non seulement risquée, mais potentiellement frustrante : si votre portefeuille performe mieux que prévu, vous ne pourrez pas en profiter, car vos retraits sont censés rester fixes.


A contrario, l'option 2 permet de pleinement profiter d'une envolée de votre portefeuille...Mais aussi de souffrir très lourdement en cas de krach.


C'est pourquoi Vanguard propose dans sa publication un intermédiaire permettant d'obtenir le meilleur des deux mondes.