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Les dividendes (et pourquoi ils ne contribuent pas à vous enrichir)

Dernière mise à jour : 28 nov. 2021



Qu'il est facile de succomber aux actions à dividendes. La promesse est belle: il suffirait d'en acheter une multitude pour percevoir une rente régulière, dont la valeur augmenterait avec les années. Et c'est le cas. Malheureusement, la réalité est bien moins attractive.


Dans leur publication parue en 1961 Dividend Policy, Growth and the Valuation of Shares, Franco Modigliani et Merton Miller démontrent que le versement par une société d'un dividende a pour effet immédiat de diminuer le cours de l'action du montant de ce dividende.

Il n'y a donc aucune différence pour un investisseur entre recevoir un dividende de 100€ et vendre 100€ de ses actions. En d'autres termes, qu'une société décide de verser ou non un dividende n'a aucun impact positif sur le rendement total des actionnaires.


Les défenseurs des dividendes argueront que contrairement au fait de percevoir un dividende, vendre une partie de ses actions fait diminuer le % de parts détenues dans la société, ce qui n'est pas souhaitable.


A moins que vous ne souhaitiez prendre le contrôle de l'entreprise, l'objectif d'un actionnaire n'est pas de maximiser son % de parts, mais de maximiser ses profits.


Vendre soi-même ses actions plutôt que de percevoir un dividende fait effectivement baisser le % de parts, mais la valeur de l'entreprise sera plus élevée dans ce scénario que si elle avait choisi de vous verser un dividende. En clair, posséder 10% d'une entreprise qui vaut 1m€ revient au même en tant qu'investisseur que de posséder 5% de cette même entreprise qui vaudrait 2m€.


Ainsi, choisir une action à dividendes revient à être contraint par la société à vendre une fraction de vos actions à intervalles réguliers. Cela peut poser problème : si une société verse un dividende égal à 3% de ses bénéfices, certains investisseurs auraient probablement préféré ne se voir verser que 2%, 4%, ou même 0%. Une action à dividendes ne vous laisse pas ce choix.


Vous pensez alors probablement qu'il vous suffit de réinvestir ces dividendes à chaque fois qu'ils sont versés. Cela reviendrait au même, non ? Pas tout à fait.


Nous venons donc de voir que, dans le meilleur des mondes, les dividendes n'avaient aucun impact sur votre performance. Mais en pratique, les dividendes peuvent carrément nuire à votre performance.


Exemple


Prenons deux sociétés, A et B. Supposons que ces deux sociétés soient strictement identiques, avec un cours d'action à 100€, et un rendement total (= dividendes inclus) de 5% par an.


Seule différence :

  • A ne verse aucun dividende,

  • B verse un dividende annuel de 3%, que nous réinvestirons systématiquement

En d'autres termes, le cours de l'action B croît de 2% par an (5% - 3% de dividendes versés). On suppose que nous utilisions un compte-titres, soit 30% d'imposition sur les plus-values, et que chaque transaction coûte 2€.


Voyons maintenant combien A et B vous vaudront une fois vendues après 20 ans, nettes d'impôts et de frais :

La différence est loin d'être négligeable. Deux facteurs expliquent cet écart :

  • Chaque fois que vous recevez des dividendes, ceux-ci sont taxés à 30%. Indirectement, ce ne sont donc que 70% de ces dividendes que vous réinvestissez, ce qui ampute grandement le mécanisme des intérêts composés. A contrario, la société A réinvestit en permanence 100% de sa prise de valeur, puisqu'elle ne verse aucun dividende.

  • Chaque fois que B verse des dividendes, 2€ de frais de transaction sont perdus dans le réinvestissement des dividendes.


Pourquoi les entreprises versent des dividendes


Lorsqu'une entreprise réalise 1€ de profit, elle peut en faire 4 choses :

  • Le verser à ses actionnaires sous forme de dividendes

  • Le réinvestir pour faire croître l'entreprise

  • L'utiliser pour racheter ses propres actions

  • L'utiliser pour racheter d'autres entreprises

Pour rappel, l'objectif numéro 1 d'un PDG est de trouver le meilleur moyen de maximiser les profits de ses actionnaires.


Si un PDG décide de verser cet euro à ses actionnaires sous forme de dividendes, cela signifie qu'il ne perçoit pas sa société comme capable d'améliorer la valeur de cet euro via l'une des trois autres options, qui reviennent à réinvestir ces profits pour tenter de faire monter la capitalisation boursière de l'entreprise de plus d'un euro.


Si tel était le cas, il ne verserait pas de dividendes, utiliserait cet euro pour financer de nouveaux projets, racheter une société, recruter de nouveaux salariés, etc. avec l'idée que cela rapportera à terme plus qu'un euro de profits à ses actionnaires.


Pour simplifier, verser un dividende pour une entreprise est un peu comme si vous décidiez de retirer les plus-values de vos différents placements afin de les confier à votre grand mère. Cela signifie que vous ne croyez pas en votre capacité à faire fructifier cet argent mieux que votre grand mère ne le ferait pour vous.


Tout comme les actionnaires, votre grand-mère en fera peut-être un très bon usage : la question n'est pas là. L'idée est que vous estimez qu'elle en fera un meilleur usage que vous.



C'est pourquoi les sociétés en forte croissance ne versent généralement pas de dividendes : elles regorgent de projets pour améliorer les profits de l'entreprise, et ont donc bien mieux à en faire que de les reverser à leurs actionnaires.


A contrario, des sociétés très matures comme Coca-Cola ou Sanofi versent de gros dividendes, car elles sont stables, n'ont pas de nouveaux projets révolutionnaires en cours, et n'ont donc rien de mieux à faire de cet argent que de le reverser à leurs actionnaires.


Alors bien sûr, Coca-Cola pourrait augmenter sa R&D pour financer de nouvelles bouteilles en matériau ultra sophistiqué par exemple. Mais cela serait-il vraiment rentable pour les actionnaires ?


La politique de dividendes de Coca-Cola laisse entendre que non, ou que les besoins d'investissements requis pour ces projets sont suffisamment bas pour ne pas devoir trop piocher dans les profits de la société.


Et ce n'est pas grave. C'est même souvent le signe d'une entreprise bien établie. Tout dépend du type de sociétés dans lesquelles vous souhaitez investir.


Personnellement, j'attends des entreprises dans lesquelles j'investis qu'elles aient des ambitions fortes, une volonté constante de se remettre en question, de se renouveler, afin de changer le monde dans lequel nous vivons.


"Un dividende élevé est le signe d'une entreprise un temps glorieuse, puis qui a cessé de l'être" - Brian Feroldi

Je n'aime pas non plus être contraint de devoir réinvestir en permanence des dividendes, d'autant plus avec les inconvénients financiers que cela implique. C'est pourquoi, toutes choses égales par ailleurs, je privilégierai toujours une société qui ne verse pas de dividendes.


Warren Buffett : l'argument massue des pro-dividendes


L'exemple de Warren Buffett est souvent évoqué en faveur des actions à dividendes. En effet, 2/3 environ des investissements de l'Oracle d'Omaha sont réalisés dans des actions à dividendes.


Soyons clairs : Warren n'investit pas dans ces sociétés parce qu'elles versent des dividendes, mais parce que les sociétés en phase avec ses critères d'investissement présentent de nombreuses caractéristiques propres à celles de sociétés à dividendes: des sociétés bien établies, avec un avantage compétitif durable dans des secteurs relativement matures.


Warren explique d'ailleurs très bien dans sa lettre annuelle aux investisseurs de Berkshire Hathaway de 2012 pourquoi chercher des actions pour leurs dividendes n'a pas de sens (cf. page 19).


Enfin, Warren Buffett a 90 ans. Son âge n'incite pas à la prise de risque : il est normal qu'une personne âgée investisse majoritairement dans des sociétés stables, bien établies et à plus faible croissance, typique de sociétés à dividendes.


Entendons nous : nous n'avons rien contre les dividendes. Mais contrairement aux idées reçues, ils ne représentent pas un indicateur fiable pour qualifier l'attractivité d'une société en bourse.


Toutes choses égales par ailleurs, l'impact des dividendes sur votre performance est au mieux nul, au pire négatif, car :

  • Ils vous privent de la flexibilité d'ajuster vos sorties d'argent à votre gré,

  • Réduisent les bénéfices des intérêts composés,

  • Augmentent vos impôts.

 

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François Sockeel

François est le fondateur de bigfish. Son action favorite est Crowdstrike, pour sa capacité à maintenir une avance technologique considérable sur un marché de la cybersécurité en plein essor.