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Bienvenue dans l'ère de la "greedflation"

Dernière mise à jour : 11 août



Inflation, inflation, inflation...À moins de vivre reclus dans une grotte, il ne vous a pas échappé que l'inflation refait surface partout dans le monde. Outre Atlantique, elle est de +9,1% - du jamais vu en 40 ans. Mais il y a plus étonnant...


Sur la même période, les bénéfices des entreprises américaines ont augmenté de 25% - du jamais vu en 50 ans.


Mais comment diable expliquer que les entreprises réalisent des bénéfices records, alors que les consommateurs se serrent plus que jamais la ceinture ?


À la recherche des bénéfices perdus


Creusons un peu. Pour augmenter les bénéfices d'une entreprise, il existe grosso modo deux leviers :

  • Augmenter ses marges, tout en s'assurant que cela n'affecte pas trop les volumes vendus.

  • Vendre plus de volumes, tout en s'assurant de ne pas trop sacrifier ses marges.

Ici, il n'est pas très difficile d'identifier ce qui s'est produit :


US Profit Margins
Source : "Prices, Profits, and Power: An Analysis of 2021 Firm-Level Markups"

Ce sont surtout les marges relatives des entreprises qui ont bondi sur les 12 derniers mois. Mais comment est-ce possible ? L'économie américaine n'est-elle pas censée être en récession ?!


Ce paradoxe porte un nom : c'est la greedflation, concaténation de l'anglais "greed" (cupidité) et inflation. Autrement dit, lorsque les entreprises emploient l'inflation comme excuse pour augmenter démesurément leurs prix.


Cette pratique repose sur l'exploitation par les entreprises d'une asymétrie d'information entre les consommateurs et celles-ci. Concrètement :

  • Les consommateurs acceptent avec une relative complaisance des prix plus élevés, puisque "c'est normal, c'est l'inflation"...Mais sans savoir quel niveau d'augmentation serait vraiment justifié pour chaque produit.

  • Devant ce relatif aveuglement des consommateurs, les entreprises en profitent pour faire grimper leurs prix plus vite qu'elles ne voient augmenter leurs coûts.

Même s'ils achètent légèrement moins, les consommateurs sont en ce moment disposés à payer nettement plus cher ce qu'ils consomment, ce qui laisse un boulevard aux entreprises pour se rattraper. Résultat des courses : profits +++.



Mais après tout, est-ce vraiment une mauvaise nouvelle ?


Que les bénéfices des entreprises augmentent est une très bonne chose en soi. Mais lorsque cela n'est rendu possible que par une augmentation de leurs prix supérieure à l'inflation...Cela a pour effet de la faire augmenter encore davantage. Ce qui, vous en conviendrez, n'est pas très sain.


En résulte la question à un million : faut-il privilégier l'augmentation des profits des entreprises, ou combattre l'inflation à tout prix ? On vous laissera juges ici.


En tout cas, pas besoin d'interroger les PDG pour connaître leur point de vue. Par exemple, Visa et Mastercard ont profité de la situation actuelle pour doper le montant de leurs commissions, alors même que leurs coûts n'ont pas particulièrement été affectés. Ni par d'éventuels problèmes d'approvisionnement, ni par l'inflation.



En tant qu'investisseurs, tout cela fait bien nos affaires, me direz-vous. Plus de profits signifie un meilleur rendement pour les actionnaires, non ? Vive l'inflation alors !


Le problème, c'est que tout le monde ne croit pas en cette théorie des "entreprises profiteuses". Certains y voient même le phénomène inverse - ce serait l'augmentation des profits des entreprises qui alimenterait l'inflation, en enrichissant les actionnaires qui vont du coup dépenser plus (oui, c'est compliqué).


Même les économistes ne savent pas à qui donner raison. Si une corrélation entre profits et inflation a bien été établie, il leur est néanmoins difficile d'identifier lequel causerait lequel. De l'œuf ou la poule, on vous laisse choisir votre camp..

 

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François Sockeel

François est le fondateur de bigfish investing. Après un passage en conseil en stratégie ainsi qu'en banque d'affaires, François se dédie désormais à aider les particuliers à mieux décoder les marchés.